Les pionniers du Jazz Cubain.

.....Le Jazz cubain commence à Nueva Orleans à la fin du XIX° siècle lorsque la ville accueille par centaines les immigrés cubains et leurs musiques. Poussés par ceux-ci, les créoles sont conduits à mêler des rythmes insulaires, chuchumé, rumbas… à leur chants et Jerry Roll Morton à incorporer des accents de tango habanero à un Jazz naissant. De cette époque ne reste que le seul souvenir du trompettiste Cubain, admirable selon la légende, Jésus PERÉZ .

Mais, c'est avec les troupes américaines que le Jazz fait son entrée dans l'île antillaise lors de la seconde intervention militaire des Etats Unis à Cuba entre 1906 et 1908. L'armée nord-américaine, comme toutes les armées, a ses propres orchestres militaires qui jouent notamment la musique " dixieland ". Ces musiciens enseignent aux cubains les rythmes américains du début du siècle, notamment à ceux des bandas de l'armée cubaine mais aussi à ceux de la Banda Municipale de La Havane et à l'excellent orchestre de la police. Des ensembles américains jouent également dans l'île. W.C. Handy se produit dans la capitale dès l'année 1900.


Santiago SMUT est l'un de ces soldats débarqués par Roosevelt sur les côtes orientales. Il est noir, américain, joueur de banjo. Il apprend le tres et propage "blues" et "spirituals" sur la côte Est de l'île puis à l'intérieur des terres au rythme des victoires militaires.
SMUT fraternise avec l'ennemi espagnol et s'associe avec le madrilène Constantino LÓPEZ pour former le premier duo de Jazz à Cuba, "EL BLANCO y EL NEGRO". Rapidement ils trouvent une "cave" pour s'exprimer en public, La Zambumbia, dans la vieille Havane.

Cette première période a une réelle importance car plusieurs instrumentistes cubains se passionnent pour la nouvelle musique, se rencontrent pour jouer, comme ce groupe qui se donne rendez-vous chez le pianiste Bienvenido HERNÁNDEZ DELGADO, surnommé en raison de son enthousiasme pour le Jazz, "El Americano" .
Certains critiques rapportent qu'à Matanzas des musiciens se seraient particulièrement intéressés au Jazz, ce qui n'a rien de surprenant quand on sait le nombre de grands instrumentistes et compositeurs qu'à donné cette ville.
A Sagua la Grande, Pedro STACHOLY est à la tête d'un véritable jazz band, avec batterie, dès la fin des années dix. le trompettiste Norberto FAVELO et le tuba Antonio TEMPRANO en font partie au milieu de la décennie suivante.

Les Cubains apprennent très vite et avant 1920, Bienvenido HERNÁNDEZ a déjà son quartet avec Lolo BETANCOURT, trombone, Hugo GARCÍA, guitare et contrebasse, Pucho JIMENÉZ , tuba.

Débauché par un orchestre américain de passage à La Havane en 1924, Bienvenido finira ses jours deux ans plus tard à Rio de Janeiro.

Les patrons des hôtels où séjournent les touristes américains n'hésitent pas dès le début des années vingt à faire venir par ferry ou bateau pour les fins de semaines des orchestres nord-américains. Max Dollin en 1919 joue au Sevilla Biltmore, Coleman Hawkins est à La Havane en 1923, Louis Armstrong deux ans plus tard.....
D'autres noms suivent: Paul Withman à l'Hôtel President, Vincent López au Sevilla, Ted Naddy est au Jockey Club en 1924 et Jimmy Holmes au cabaret La Verbena à Marianao vers 1925, alternant avec la charanga -pratiquement déjà un jazz band- de Armando ROMEU MARRERO. Chuck Howard tourne entre La Verbena et le Tokio -sans doute le meilleur club de Jazz du moment- et le Montmartre.


Orquesta de Armando ROMEU MARRERO vers 1930. Archives L. Acosta. La Havane.

Très souvent, lors des soirées organisées dans ces hôtels, la première partie est assurée par un ensemble cubain et fréquemment les Cubains sont appelés à remplacer au pied levé les absents dans les orchestres des américains.
Le répertoire est bien entendu celui qui se joue aux Etats Unis et les Cubains se forment aussi en se frottant à ce répertoire. Le critère de réussite à ce moment est d'être capable d'imiter fidèlement le jeu des américains avec toutes ses caractéristiques. dans cette formation musicale, l'écoute de disques n'est pas à négliger et complète l'apport en vivo des américains et permet aux Cubains d'accéder à des formes de Jazz que le type d'orchestres qui vient dans l'île n'offre pas.

Rapidement les musiciens havaneros sont intégrés aux orchestres. Les trompettiste René OLIVA, Lázaro HERRERA sont embauchés par Holmes; Alberto REBOLLAR -batteur-, Célido CURBELO -pianiste- jouent dans le quartet de Teddy Henríquez en 1926...

Parmi les orchestres de Jazz spécifiquement cubains qui se forment au milieu de la décennie figurent le "CUBAN JAZZ BAND" de Rodrigo PRATS, "Los DIPLOMÁTICOS" de Froilán MAYA et la formation de José Antonio CURBELO, attraction à la fin des années vingt du Tokio, cabaret d'où, en 1927, il est l'acteur de la première émission radiophonique de Jazz en vivo. Avec José Antonio jouent ses frères, Célido (qui déjà à cette époque avait tendance à considérer son piano comme un instrument de percussion) et Heriberto -saxophoniste-. Son octet est complété par la trompette de René OLIVA, le saxophone de Amadito VALDÉS et la batterie de REBOLLAR, une contrebasse et un banjo. REBOLLAR est aussi le vocaliste.


La formation de José Antonio Curbelo au Tokio. Sont présents:
Rebollar, Celio Curbelo, José Antonio, Mario Bauzá...


Durant la décade, les bandas cubaines affirment leur présence et possèdent en général trois répertoires : La musique traditionnelle cubaine (danzón...), le Jazz emprunté aux orchestres nord-américains et un Jazz sabor cubano résultant de l'intercontextualité des deux premiers répertoires.

Par exemple dans le danzón , où existe une partie centrale qui reprend une citation d'un opéra, opérette, symphonie, sonate, les Cubains insèrent à la place un extrait dixieland ou ragtime.
Parallèlement, les musiciens commencent tout naturellement à introduire leurs instruments traditionnels, bongó, tumbadoras... et la clave, élément basique de toute la musique populaire et folklorique cubaine.
La formation d'un autre cubain, José CURBELO, renforcée par Armando ROMEU Jr et Mario BAUZÁ, clarinette, fait également les beaux jours du Montmartre.
Une partie des musiciens cités, ainsi que le flûtiste Alberto SOCARRÁS, appartient, dans la seconde moitié des années vingt au septeto de Hugo GARCÍA SIAM qui, à l'issue de ses prestations, improvise au cabaret El Pirata à Cojimar.
BAUZÁ, ROMEU, VALDÉS , ainsi que Germán LEBATARD et Luis LOPÉZ VIANA, deux autres pionniers cubains dans le domaine du saxophone, sont surnommés -vu leur âge- les "chiquillos" et réalisent les premières "jam's" de l'histoire du Jazz à Cuba.

 


Machito

En 1927 Alberto SOCARRÁS est le premier à quitter Cuba pour tenter sa chance aux Etats Unis. Mario BAUZÁ, aprés un premier voyage en 1926 au cours duquel il abandonne la clarinette pour le saxophone, s'installe définitivement à New York en 1930. Célido CURBELO lui emboîte le pas.
Ils laissent à Armando ROMEU et une poignée de musiciens la lourde tâche de poursuivre sur le sol cubain la diffusion du Jazz.

Le Jazz des Cubains va désormais se développer dans deux mondes musicaux différents: L'un aux Etats Unis où BAUZÁ, MACHITO, "Chano" POZO vont travailler en osmose avec le Jazz des grands créateurs nord-américains .
L'autre à Cuba où, à côté de la musique traditionnelle cubaine, Armando ROMEU, Felipe DULZAIDES, piano ; Gustavo MÁS, saxophone ténor ; Guillermo BARRETO, batterie…vont systématiquement chercher des espaces pour le Jazz .
Curieusement alors que dans l'île les jazzmen vont longtemps chercher à se mouler dans la manière de faire, dans le ou les styles des américains, aux Etats Unis, principalement à New York, les exilés Cubains vont immédiatement rechercher une originalité dans laquelle les sonorités et les rythmes cubains vont prendre place.
A cette époque, les compagnies discographiques n'ont -commercialement- nul besoin d'enregistrer le Jazz produit par les Cubains. Pourtant, en 1931, au point de départ de ces deux voies historiques, et comme rare témoignage de cette période, surgit un disque du Tipo Jazz Band des "HERMANOS CASTRO" offrant une version de "Saint Louis Blues", mêlant pour la première fois Jazz et rythmes cubains.

© Patrick Dalmace

La naissance à New-York du Jazz Afro-cubain.
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Le Jazz. le Jazz dans l'île.
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