Septeto, Conjunto, Orquesta ANACAONA

En 1931, le tyran Machado pour contrer les grèves et manifestations étudiantes, ferme l'Université.

Concepción "Cuchito" CASTRO ZALARRIAGA ( 1907-1982) doit abandonner ses études de médecine et, pour aider financièrement son père, organise avec ses sœurs un groupe musical. Le père CASTRO connaît plusieurs musiciens et notamment ceux du "SEPTETO NACIONAL". Il leur demande d'aider ses filles.

Concepción "Cuchito" Castro


Il faut un nom pour la formation qui commence comme un septeto. C'est Ella O'REILLY, leur chanteuse, qui raconte la légende de la princesse taina et propose le nom de Anacaona.

Le "SEPTETO ANACAONA" est alors formé par Ada (1913) , Ondina (1917-2007) , Concepción, et complété par Ella O'REILLY, Isabel "Beba"ÁLVAREZ et Berta CABRERA .
Le Septeto se produit pour la première fois en février 1932 au Théâtre Payret de La Havane face au Capitole puis au Teatro Principal de la Comedia.
Dès la première année les jeunes filles sont en tournée dans l'île.

Progressivement les plus jeunes soeurs, Emma (1909-1990), Olga (1916-1985), Flora (1914-?), Alicia (1920), Caridad (1905-1976), Argimira (1922-1981), Xiomara (1925-2008), Yolanda (1929) rejoignent leurs ainées pour pouvoir dès 1934 former un grand Tipo Jazz Band qui occupe l'un des cabarets des Aires Libres . C'est là que les filles disputent la vedette à leurs concurrentes du groupe "ENSUEÑO". Le succès les conduit à La Tropical puis au Yacht Club et l'année suivante le groupe réalise sa première tournée internationale à Puerto Rico. La trés jeune Graciela PÉREZ devient la chanteuse de "ANACAONA". Le Mexique les accueille immédiatement après pour une tournée de six mois ainsi que Panamá et la Colombie.

Dans le courant de 1937, "ANACAONA" enregistre "Después que sufres", "Amor inviolado" ainsi que la composition de "Rapindey" "Maleficio"…

Orquesta Anacaona, "Maleficio". Voix Graciela Pérez. .. >>> ...

L'année suivante le septeto est engagé pour se produire à New York au Cabaret Havana-Madrid. Les filles jouent également au Waldorf Astoria, à l'Hôtel Commodore et on peut les entendre sur les ondes de la radio NBC. Pendant ce temps sur les Aires libres le "EDÉN HABANERO" les remplace.


Retour de New York avec Alberto Socarrás.

A New York, un impresario français veut emmener le septeto à Paris. L'intervention efficace et persuasive de Alberto SOCARRÁS conduit l'entrepreneur de spectacles à engager toutes les filles y compris celles restées à Cuba.
Avant de partir l'orchestre joue à La Havane au Teatro nacional.


C'est donc en Conjunto et en Jazz Band que "ANACAONA" anime en 1938 les soirées du Théâtre des Ambassadeurs ou de Chez Florence à Paris où elles alternent avec Django Reinhardt.


Les préparatifs de la seconde guerre mondiale, la situation en Espagne les conduisent à renoncer à diverses prestations en Europe et en Afrique. Les sœurs CASTRO et leurs partenaires rentrent à Cuba.


Anacaona à Paris.

Les années quarante sont marquées par de très grandes tournées internationales. "ANACAONA" visite tous les ans le Mexique et presque aussi fréquemment le Venezuela. En 1942, en Colombie, les filles animent la chaîne Cortejer.
Aruba, Curaçao, les Antilles hollandaises les acclament. Graciela PEREZ qui rejoint son frère MACHITO à New York est remplacée par Dominica VERGES. Plusieurs autres musiciennes entrent dans la formation, Anita PERMUÍ-VALDÉS, Xiomara JUNCO, Hortensia PALACIOS...Celia CRUZ chante avec l'orchestre pour une tournée au Vénézuela.

L'orchestre est en tournée au Perou lorsque que Ernesto LECUONA le fait appeler pour devenir l'un des groupes vedettes du Casino Nacional qui est sur le point d'ouvrir. Le Jazz Band y reste deux années.
Sur une scène tournante, "ANACAONA" doit alterner avec "Los Hermanos CASTRO". C'est un véritable show qu'offrent les jeunes femmes.


Elles sont capables de se présenter dans diverses formations, permutent leurs instruments et sont accompagnées par des couples de danseurs et danseuses. Les deux sœurs PORTUONDO font partie de ceux-ci. C'est à ce moment que Omara PORTUONDO devient la chanteuse du groupe "ANACAONA". Peu avant Moraima SECADA s'intègre au groupe sur les conseils de PORTILLO de la LUZ.

Les tournées internationales continuent avec en 1951 un nouveau séjour au Mexique où elles participent au tournage de deux films. En 1953 "ANACAONA" est en Colombie où le conjunto se produit sur la scène de la Media Torta à Bogota, aux théâtres Colón, América, au club Campestre à Medellín. Elles enregistrent plusieurs thèmes dont "Quiéreme y veras" avec le choeurs de Yolanda, Xiomara, Olga et Alicia. Pour cette riche séance de Medellín, Yolanda chante en anglais "My foolish heart" et " You'll never be free". Elles se produisent également au Vénézuela, sur scène et sur les ondes et elles enregistrent des thèmes comme"Mambo Mambí", "Mambo Habanero"... et avec la voix de Berta RODRÍGUEZ, "Espiritu burlón" ... La même année la formation occupe les ondes de CMQ et les prestations du groupes sont enregistrées avec des parties vocales confiées à Berta RODRÍGUEZ mais aussi à Omara PORTUONDO, Anita ISAAC . L'année suivante "ANACAONA" est à Haïti au Voodou Club, en Floride à Tampa.

Cette même année le groupe enregistre également à La Havane. Les jeunes femmes sillonnent l'Amérique latine et on retrouve la formation en 1955 au Nicaragua, au Perou et en Equateur.
Elles font l'inauguration d'un nouveau cabaret de la capitale cubaine, le Centerway en 1956. "ANACAONA" est de nouveau en Colombie en 1958, au Chili, puis au Brésil où "ANACAONA" enregistre entre autres le thème de Julio GUTIÉRREZ "Los salvajes bailan mambo"... Et c'est dans ce pays au moment de poursuivre la tournée vers l'Uruguay que les filles apprennent le triomphe de la Révolution Cubaine et décident de rejoindre leur île. Toutefois l'Uruguay les retrouve quelques mois plus tard tout comme l'Argentine.
Les années soixante marquent un tournant pour le groupe "ANACAONA".

La fermeture des cabarets ne permet plus une si grande activité mais surtout la musique commence à subir les influences étrangères et s'électrifie. "ANACAONA" fait figure de groupe historique. Les autorités l'utilisent pour animer les fêtes des Maisons de la Culture, des Foyers d'Anciens, pour diverses inaugurations… mais rarement comme orchestre de danse.

Toutefois en 1966 "ANACAONA" joue dans le cadre d'un Festival de Jazz donné à la Maison de Tchécoslovaquie. Alicia aura également l'opportunité d'accompagner à la contrebasse Franck EMILIO au cours de la même manifestation. Deux des soeurs accompagnent aussi Franck EMILIO pour un cycle de jazz au Liceo de Guanabacoa l'année suivante.


"Descarga casera" en 2000 avec Franck Emilio.

Les sœurs CASTRO enseignent alors dans les Ecoles de Musique qui se multiplient après la Révolution.

En 1982 "Cuchi" disparait et Alicia prend la direction du groupe.
Au début des années quatre-vingt Dora AGUIRRE entre comme saxophoniste dans le le Jazz Band. Peu après sa sœur Georgia la rejoint au piano. Le "rôle social" de "ANACAONA" est toujours le même, animer les cérémonies officielles, jouer la musique du passé…
En 1987 incitées à prendre leur retraite par des mesures gouvernementales cherchant à donner des espaces musicaux aux très nombreux jeunes qui sortent des écoles et conservatoires, les dernières sœurs CASTRO en activité décident de prendre leur retraite.


Une des dernières répétitions du groupe comportant les deux générations de musiciennes.

Dora et Georgia choisissent de continuer et en quelques semaines recrutent de jeunes musiciennes, répètent et remontent sur scène avec une musique rénovée. C'est Georgia, redevenue bassiste, qui est désormais la directrice de "ANACAONA". "ANACAONA" reste à ce moment le seul orchestre féminin en activité dans l'île.
Progressivement la formation perd son étiquette de "groupe de Musée". De grands noms dont Juan FORMELL, Richard EGÜES, Rafael LAY, les fils de Jorge VARONA… apportent leur soutien ou assurent les arrangements.
"ANACAONA" s'installe alors au cabaret Papa's à la Marina Hemingway.

La période spéciale et la formidable expansion de la musique cubaine permettent à "ANACAONA" de se présenter en concert puis d'entreprendre les premières tournées internationales de cette seconde vie de l'orchestre : L'Angola d'abord puis le Mexique en 1989. En 1990 en Espagne, les jeunes femmes partagent les scènes avec les plus grands salseros portoricains ou new yorkais. Le groupe se produit en Belgique, en France où l'orchestre enflamme le Festival Bleu Caraïbes en 1996.
"Anacaona,¡ Ay !", leur premier C.D., sort en 1991 suivi en 1995 de "Como un milagro".

 

Royan. Bleu Caraïbes 1996.

La tournée en Chine de 1998, minutieusement préparée, est un grand succès. Elle est est encadrée en décembre 1997 et mars 1998 par l'interprétation de la version de Jérôme Savary du Bourgeois Gentihomme présenté à La Havane, Mexico et en France. "ANACAONA" chante de nouveau en France lors d'une tournée estivale ainsi qu'en Hollande, Allemagne et en Espagne. L'année suivante les jeunes femmes sont invitées à Los Angeles, New York, se produisent dans divers clubs ou pour divers événements: Club S.O.B., Club Copacabana, Festival Battery Park City, Festival South Street, Club La Maganette ... Elles rencontrent dans la Big Apple Graciela PÉREZ.

A Cuba "ANACAONA" réalise plusieurs tournées et se présente régulièrement à la télévision où tous les programmes musicaux ont reçu la visite du groupe et un troisième disque voit le jour "Lo que tu no esperabas".
A la fin de l'année 2000, le Casino de Monte Carlo reçoit "ANACAONA" durant plus de sept mois pour son spectacle Saveur de La Havane. Les jeunes femmes participent à un grand show et assurent la partie dansante du spectacle.


De retour dans l'île, "ANACAONA" est à l'affiche du Café Cantante, du Turquino de la capitale.


En 2001 l'orchestre se présente à Campeche au Mexique.
Le groupe célèbre ses 70 ans avec un documentaire en 2002 . Les jeunes femmes se produisent cette même année à Vera Cruz pour le Festival International Afrocaribeño puis entament une tournée au Cap Vert, participant au Festival Bahía das Gatas en Cabo Verde. Deux modifications interviennent dans la composition de l'orchestre: l'entrée d'une guitare et le retour aux origines avec l'arrivée d'une trompette confiée à Lennys RAFOLS.

L'activité 2004 commence par des prestations dans la capitale, à la Casa de la Música de Miramar et dans un tout nouveau club le Irakere. Le groupe est pour cette année composé de Beatriz LABRADA et Janette -trompettes; de Dayami ACOSTA -trombone-; Yanet SALINAS au piano. Regla Milagros ABREU est à la batterie, Vivian JIMÉNEZ à la flûte, Saily MOREDO à la guitarre et au tres. Avec Georgia et Dora, "ANACAONA" est complété par trois chanteuses: Veronica VELÁZQUEZ, Barbara de los Ángeles ZAMORA et Yanet RODRÍGUEZ. Toutes trois sont également responsables des percussions mineures tandis que le bongó est confié à Isabel SUÁREZ et les tumbadoras à Yudianis QUINTANA.

"ANACAONA" se présente en 2005 et 2006 dans de nombreux lieux, Casas de la Música, Macumba Habana, Habana Café, Café Cantante Mi Habana, El Delirio Habanero..... La formation participe au Festival de la Cultura Iberoamericana, célébré à Holguín.
Trois musiciennes entrent dans la formation: Olga VARONA, trompette, à la place de Janette; Yarima BLANCO, guitare et tres et Yissy GARCÍA, batterie..



Olga , petite fille de Jorge Varona

L'année de son soixante quinzième anniversaire "ANACAONA" retrouve le chemin des studios pour enregistrer "No lo puedo evitar". Le groupe est également invité à participer avec le thème “Esos locos bajitos” au second volume du disque “Cuba le canta a Serrat”. La version exécutée est originale et dans le style traditionnel du groupe, destinée à danser. Il entregistre également deux thèmes pour "Ritmos del Mundo", des versions cubanisées de "California Dreams" et de "Yesterday".
Les prestations dans les clubs se poursuivent. On retrouve aussi l'orchestre pour les bailables dans les endroits spécifiques comme la Area abierta de la Avenida de los Pinos...Yoanna ÁLVAREZ est une nouvelle voix du groupe.

En 2008 le groupe de Georgia AGUIRRE donne plusieurs concerts dans diverses provinces à l´occasion du VIIIème Congrès de la Fédération des Femmes Cubaines, assurant par là la promotion de "No lo puedo evitar" enregistré pour commémorer le 75° anniversaire du groupe. Pour cette occasion Omara PORTUONDO est invitée à retrouver le groupe plus de soixante ans après qu'elle y ait chanté pour la première fois et à chanter sur le thème "Entre el amor y el odio" .. Massiel MILÁN PEREZ, saxophone; Martha Isabel TORRES, trompette; entrent dans la formation. Ana María "Anika" VILA a pris la place de pianiste.

L'année suivante l'orchestre retrouve sa dimension internationale avec une tournée au Canada où il se présente au Festival de Jazz de Toronto, aux Nuits d'Afrique et au Festival de Jazz de Montréal, à Danzas y Ritmos del Mundo au Québec ainsi que dans de nombreuses discothèques du pays tels que le Lula Lounge, Mumba, Mambo, Kola Note ... A peine de retour sur ses terres le groupe repart pour le Festival de Jazz de Aruba où il termine par une grande descarga avec la formation du saxophoniste David Sanborn. La fin de l'été est marquée par le retour de Ursula Madeleine GÓMEZ MATOS -tumbadora- qui fût l'une des premières à suivre l'aventure de "ANACAONA" lorsque Georgia et Dora prirent la succession des soeurs CASTRO.

Dans l'île "ANACAONA" continue de jouer tant à La Havane -comme par exemple à la Peña Mujeres en su Salsa qui se tient au Salón Rosado de La Tropical, que dans diverses villes du pays, Alamar, Matanzas...

 

Continuant ses présentations à sa peña ainsi qu’à la Casa de la  Música de Miramar, « ANACAONA » participe en début d’année à la Casa de Cultura Plaza au Projet Esperanza destiné à recueillir des fonds pour lutter contre le cancer du sein. Les jeunes femmes sont  entourées par d’autres formations féminines comme « CARIBE GIRLS », « RICACHÁ », « AZÚCAR NEGRA ». Elles chantent pendant quarante-cinq minutes échangeant en permanence avec le public. Les partenaires de Georgia font ensuite danser le public du Piano Bar Delirio Habanero avant de participer à la Casa de la Música de Galiano à la grande soirée dédiée à la Journée de la Femme. L’entreprise citrique de Sierra de Cubitas dans la province de Camagüey invite la formation salsera à animer leur fête. Elles répondent à la demande puis se rendent pour une grande tournée à Curaçao et à Aruba où elles jouent en clubs et dans les festivals.


Curaçao 2010.


L’été leur offre la possibilité de jouer à Cienfuegos puis à Santiago de Cuba. L’automne leur permet de retrouver le Salón Rosado de la Tropical où débute la nouvelle chanteuse Eilen REMON et c’est à Nuevitas pour les fêtes de Carnaval que « ANACAONA » conclue l’année. La formation "ANACAONA" est constituée en cette fin d'année 2010 de Georgia, Dora, Yanet, Ursula, Barbara, Anika, Martha, Yarima, Massiel, Yoanna, Yissy, Vivian, Dayami et Eilen.

En février 2011 de nouveau le Salón Rosado de La Tropical les reçoit pour le 79° anniversaire de la formation. Puis la formation participe au Festival de Santa Lucía à l’issue duquel Yissy abandonne la batterie -dont s’empare Juanita qui exerçait au sein de « CARIBE GIRLS »- et quitte le groupe. « ANACAONA » offre un bailable au Salón Rosadol  avant de débuter une tournée dans l’oriente du pays qui s’achève sur la Plaza Cultural de las Tunas. Les jeunes femmes  animent ensuite le cabaret Costa Sur puis participe aux carnavals de Manzanillo à la fin de l’été. Au retour Georgia et ses partenaires jouent à l’Hôtel Neptuno pour fêter l'anniversaire de l'établissement.
Anacaona. Los Metales. Carnavals de Manzanillo 2011


Juanita
Manzanillo 2011

 

 

© Patrick Dalmace

Discographie sélectionnée:
* "Septeto Anacaona", L.H. 1937, Harlequin, HQCD 27.
* "Anacaona. The Buena Vista Sister's Club", L.H.1937, 1953,1954, Colombie, Venezuela, 1953, Brésil 1958, Termidor Musiverlag 217205.
* "Anacaona ¡Ay!", L.H. 1991, P.M. Records.
* "Lo que tu no esperabas", L.H. 2000, Lusafrica 362292.
* "No lo puedo evitar", L.H. 2007, Bis Music 660.
* "Anacaona. Ten Sisters of Rythm", Allemagne 2003. Timba Records.

Le Son. Les années trente à La Havane..
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La Fantastique expansion de la musique cubaine..
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