REPILADO, Francisco dit "Compay Segundo" (Siboney 1907-La Havane 2003)
![]() | C'est presque sur la plage de Siboney que nait en 1907, dans une famille de huit enfants, Francisco REPILADO. Là, jusqu'à ses neuf ans, il vit les pieds dans l'eau, porte le déjeuner à son père, conducteur d'un train minier, lorsque le convoi journalier passe devant la maison familiale et allume les cigares de sa grand mère. Les difficultés économiques poussent les parents vers la ville, vers Santiago. Le grand frère Roberto est musicien. Il ramène à la maison un tres et toute la famille se jette dessus. Il en va de même peu après avec la guitare. Un autre frère, Juan, joue du tres dans une estudiantina « La ARROLLADORA ». Francisco ne tarde pas à être gagné par la passion de ces deux instruments. S'il a l'occasion de côtoyer le grand Sindo GARAY, Pepe BANDERAS puis Rafael CUETO, il apprend aussi beaucoup auprès des treseros del monte, ces musiciens paysans qui lui donnent l'opportunité de découvrir le Son tel qu'il subsiste dans son état premier dans les campagnes alentours. |
Mais pour gagner sa vie la musique n'est pas le bon choix et Francisco traverse les campagnes, de Alto Songo à Benito, du Callejón de la Victoria à La Prueba pour proposer ses services dans les travaux des champs. |
En 1924 il a le génie de créer un instrument à corde qu'il va être le seul à utiliser malgré les riches possibilités qu'il offre, l' armónico . Francisco REPILADO et la « BANDA MUNICIPAL de SANTIAGO » se rendent à La Havane en 1929 pour participer à un Concours de Bandas au Théâtre Payret. Les santiagueros reçoivent le Premier Prix ce qui leur vaut le privilège d'être choisis pour donner un concert lors de l'inauguration du Capitole. De retour en Oriente REPILADO continue de fréquenter le milieu des trovadores , donne avec eux les sérénades, anime les fêtes familiales. Pour vivre il se fait alors barbier ou tabaquero . Ce dernier métier permet, en emportant quelques outils légers, d'aller de villes en villes et de rejoindre pour quelques pesos les rouleurs de cigares et de continuer à jouer ici et là.
A La Havane en 1929 pour l'inauguration du Capitole. |
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| Francisco s'intègre aussi dans diverses formations comme le « CUARTETO CUBANACÁN » de Anibál CARRILLO , le « CUARTETO de TROVADORES ORIENTALES »… |
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Francisco Repilado à droite avec le Cuarteto de Trovadores Orientales
En 1934 il entre dans le « CUBANS STARS », un quinteto (mais qui ne comprend que quatre musiciens !) dirigé par Ñico SAQUITO dans lequel jouent également Enrique PUYITA et Ramón DILÚ. Avec ce groupe il se rend pour la seconde fois à La Havane avec son armónico. Alors que le groupe s'apprête à rentrer à Santiago, Ñico qui a su reconnaître les possibilités de l 'armónico et le talent de Francisco conseille à celui-ci de rester à La Havane. |
![]() Dulfo, Hierrezuelo, Repilado, Machín dans une des versions du Cuarteto Hatuey de 1938. |
Francisco REPILADO saisit l'opportunité et retrouve dans la capitale le guitariste et chanteur Lorenzo HIERREZUELO avec qui il a grandi sur la plage de Siboney. Ils s'associent à Marcelino GUERRA et Evelio MACHÍN pour former le « CUARTETO HATUEY ». Il voyage avec le cuarteto -rénové- au sein duquel entre le trompettiste "Florecita" en 1938 au Mexique et participe au tournage de deux films, Tierra Brava et México Lindo. Les radios et les cabarets les accueillent. |
Au retour du séjour mexicain, après avoir participé à un nouveau tournage, Cuba canta y baila , Francisco retrouve un autre santiaguero, plus âgé que lui, mais qu'il a pourtant entendu et fréquenté dans les rues, les fêtes et les sérénades de Santiago, Miguel MATAMOROS. Miguel cherche en cette année 1942 à créer un conjunto . Il se souvient parfaitement du clarinettiste de la « BANDA MUNICIPAL de SANTIAGO » et l'invite à entrer dans l'ensemble. REPILADO passe douze ans avec le « CONJUNTO MATAMOROS ».
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| Mais parallèlement il forme avec Lorenzo un duo « Los COMPADRES » qui va marquer de son empreinte l'histoire de la musique cubaine. Alors que le duo enregistre une émission, le présentateur donne à Francisco -qui fait la seconde voix à HIERREZUELO -le surnom de Compay Segundo .
Hierrezuelo et Compay Segundo. |
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Compay Segundo abandonne alors son partenaire pour former un groupe « COMPAY SEGUNDO y sus MUCHACHOS ». Il rassemble Rafael GARCÍA , guitare ; ZABALA , contrebasse ; CAVADA et Carlos EMBALE comme première voix. Le groupe après avoir enregistré et réalisé une tournée en République Dominicaine devient en 1957 « COMPAY SEGUNDO y su GRUPO » dans lequel chante Pio LEYVA . D'autres voix lui succèdent : ZAMORA, Julio FERNÁNDEZ … « COMPAY SEGUNDO y su GRUPO » réalise plusieurs tournées à travers toute l'île. Les activité artistiques de Compay Segundo se raréfient aux début des années révolutionnaires en raison d'un séjour de près de trois ans en Chine.Mais la retraite musicale ne fait pas partie du programme de Compay Segundo . Il continue de jouer avec ses Muchachos . En 1974 il enregistre de nouveau ainsi qu'en 1985. Un disque paraîtra avec ces enregistrements sous le titre « Original Egrem Studio Session » puis sous celui de « Son del Monte ». En 1977 il monte pour une tournée dans l'Oriente un septeto de música campesina, « SIEMBRA CULTURAL », pour lequel il recrute le joueur de laud Barbarito TORRES. A cette époque Francisco réintègre Santiago de Cuba et joue avec le cuarteto de l'Hotel Daïquiri. |
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En 1989 Elíades OCHOA l'invite à s'intégrer à son « CUARTETO PATRIA » tout d'abord pour enregistrer à Santiago plusieurs de ses compositions dont le célèbre et désormais historique « Chan Chan ». Francisco a déjà dépassé les quatre vingts ans. Avec le Cuarteto il voyage aux Etats Unis, invité par le Smithsonian Institute de Washington en 1989. Compay Segundo y retrouve, quarante ans après, son ancien compagnon du « CUARTETO HATUEY » Marcelino GUERRA . |
Francisco REPILADO remis en selle, reconstitue son groupe « COMPAY SEGUNDO y sus MUCHACHOS ». Il est alors avec son groupe un habitué de l'Hotel Kohly de La Havane. En 1994, l'Andalousie, prise dans les tentatives de fusion de son Flamenco avec d'autres musiques, se tourne vers le Son cubain et organise des rencontres entre le Son et le Flamenco. Compay Segundo fait partie de la délégation cubaine. Il retrouve pour la dernière fois Marcelino lors d'un concert à l'Université de Alicante et rend l'hommage des cubains à Antonio MACHÍN disparu quelques vingt ans plus tôt sur sa terre d'exil, l'Espagne. |
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Ses « MUCHACHOS » sont à cette époque : Salvador REPILADO , contrebasse ; Benito SUAREZ , troisième voix et guitare ; Julio FERNÁNDEZ , première voix et maracas . |
En 1996 Compay participe au projet musical de Ry Cooder et Juan d'MARCOS, au film de Wim Wenders Buenavista Social Club et naturellement au grand concert donné par le groupe au Carnegie Hall de New York.
L'Espagne constitue sa terre d'accueil. En il s'y trouve de nouveau et parallèlement à la tournée il commence l'enregistrement des thèmes qui constitueront le disque « Lo mejor de la vida ».
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1998, 1999, 2000, continuent de voir Compay Segundo sur les scènes européennes et mondiales. Paris et l'Olympia le reçoivent tout comme Madrid et le Palacio de Convenciones, Londres et le Royal Albert Hall, Milan et le Teatro Ragno … Francisco a plus de quatre-vingt-dix ans se permet d'innover. En 1999 pour l'enregistrement à La Havane de son disque « Calle Salud », son intuition lui permet d'introduire à côté de Benito, de Salvador et de la nouvelle voix Hugo GARZÓN, un trio de clarinettes – réminiscence de sa jeunesse !- composé de Rafael INCIARTE, Haskell ARMENTEROS et Rosendo NARDO, qui devant le succès obtenu restent attachés au groupe pour les tournées postérieures. Au cours de celles-ci, à Malaga et Paris, il complète le disque. Dans la capitale française c'est avec Charles Aznavour qu'il le fait. |
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Rien et surtout pas l'âge n'arrête Francisco. L'année suivante alors que sort sur le marché un disque compilant tous les duos qu'il a réalisé avec les plus grands artistes internationaux, Compay Segundo est invité au Brésil puis à Paris pour chanter avec Adalberto ÁLVAREZ . On l'entend au Mexique, en Espagne, en République Dominicaine, à Lima et toujours sur la scène du Nacional. |
Au début de 2003 Compay Segundo est sur scène avec le Buena Vista Social Club à Mexico. Ce sera là son dernier triomphe. Il décède à La Havane au milieu de cette année, laissant orphelins "Los MUCHACHOS de COMPAY". |
© Patrick Dalmace ruben gonzalez renvoie